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Pourquoi mes livres reviennent toujours à la mémoire



Il existe de nombreuses formes de mémoire.


Il y a la mémoire des faits : les noms, les dates, les lieux, la chronologie de ce qui s’est passé.

Il y a la mémoire émotionnelle : cette façon qu’a une chanson d’ouvrir soudain une porte dans la poitrine, cette manière qu’a une odeur de faire revenir une pièce, une personne, un été, un chagrin que l’on croyait apaisé.

Il y a la mémoire du corps : la tension qui apparaît avant même que l’esprit ne comprenne pourquoi, le souffle qui change dans certains lieux, l’élan instinctif vers la sécurité, la distance, l’amour ou la fuite.


Et puis il y a cette autre forme de mémoire, celle sur laquelle j’écris le plus souvent.

La mémoire profonde.

Celle qui semble plus ancienne que toute explication.

Mes livres reviennent toujours à la mémoire parce que la mémoire m’a toujours semblé être l’une des forces les plus mystérieuses de l’existence humaine. Elle nous façonne même lorsque nous ne la comprenons pas. Elle se cache dans nos corps, nos rêves, nos relations, nos peurs, nos désirs, nos élans, nos attachements, et dans ces lieux étranges vers lesquels nous nous sentons attirés sans savoir pourquoi.

Parfois, la mémoire est personnelle.

Parfois, elle est ancestrale.

Parfois, elle semble spirituelle, symbolique, ou impossible à nommer.


Mais encore et encore, dans mon écriture, mes personnages ne sont pas seulement appelés vers ce qu’ils désirent. Ils sont appelés vers ce qu’ils ont oublié.

Dans The Mortal Gift, la mémoire est cosmique. Elle vit dans les étoiles, dans les origines anciennes, dans les liens d’âme, dans cette question vertigineuse : qui étions-nous avant cette vie humaine, et quelle puissance portons-nous sous la surface ?

Dans Les Chroniques d’Eydenia, la mémoire est sacrée et celtique. Elle revient à travers la prophétie, la réincarnation, les anciens serments, les mondes oubliés, et le refus de l’âme de laisser le temps effacer ce qui compte encore.

Dans Erynweald, la mémoire est gothique. Elle persiste dans la brume, la pierre, le sang, le deuil, les vampires, les blessures ancestrales, et cette reconnaissance hantée entre deux âmes qui devraient être étrangères, mais ne le sont pas.

Dans Godsbound, la mémoire est rébellion divine. Elle est la vérité enfouie sous un empire de dieux, la puissance qui revient lorsqu’une jeune fille se souvient qu’elle n’a jamais été destinée à plier le genou.

Dans Final Collision, la mémoire est traumatisme et feu. Elle vit dans le corps, dans le silence, dans la survie, dans l’intensité dangereuse de deux vies qui entrent en collision alors qu’aucune des deux ne sait encore comment être entière.

Dans Willow Whisper, la mémoire est chagrin. Silencieuse, poétique, presque tendre dans sa douleur — celle qui traverse la nature, le silence, et le langage fragile de la guérison.

Et dans Our American Nightmare, la mémoire devient témoignage. Une façon de donner voix à ce qui a été vécu, survécu, porté et transformé.


En regardant ces livres aujourd’hui, je comprends que je n’ai jamais seulement écrit des intrigues.

J’ai écrit des retours.

Des retours à soi.

Des retours à la vérité.

Des retours au corps.

Des retours à l’amour.

Des retours au pouvoir.

Des retours aux lieux oubliés en nous qui attendent encore d’être entendus.


C’est peut-être pour cela que je suis si attirée par les histoires de réincarnation, de mémoire d’âme, d’amour hanté, de lieux anciens, de serments oubliés, et par les personnages qui se sentent appelés par quelque chose qu’ils ne peuvent pas expliquer.

Parce que je crois que beaucoup d’entre nous vivent avec de silencieux échos.

Les échos de ce qui nous a façonnés.

Les échos de ce qui nous a blessés.

Les échos de ce qui nous a aimés.

Les échos de ce que l’on nous a appris à oublier pour survivre.

Et parfois, une histoire est l’endroit le plus sûr pour permettre à ces échos de parler.


La fiction permet à la mémoire de prendre forme.

Une blessure devient une malédiction.

Une vérité oubliée devient magie.

Un amour perdu devient un lien d’âme.

Un traumatisme enfoui devient une maison hantée, une île voilée de brume, un champ de bataille, un dieu, un vampire, une ombre au bord de la pièce.

La fantasy ne rend pas la douleur moins réelle.

Elle donne un langage à la douleur.


C’est pour cela que je reviens encore et encore à la mémoire. Non pas parce que je veux vivre dans le passé, mais parce que je crois que la guérison commence souvent lorsque le passé est enfin autorisé à cesser de se cacher dans le présent.

Mes personnages avancent rarement en oubliant.

Ils avancent en se souvenant autrement.

Ils se souviennent de ce qui s’est passé.

Ils se souviennent de ce qu’on leur a pris.

Ils se souviennent de ce à quoi ils ont survécu.

Ils se souviennent de ceux qu’ils ont aimés.

Ils se souviennent de la puissance qui vit encore sous la cicatrice.

Et parfois, ils se souviennent de quelque chose d’encore plus profond :

qu’ils n’ont jamais été seulement ce qui les a blessés.


C’est cette mémoire-là qui compte le plus pour moi en tant qu’autrice.

Pas la nostalgie.Pas l’obsession.Pas le refus d’avancer.

Mais le souvenir comme reconquête.

Le moment où un personnage cesse de fuir la douleur et lui demande enfin ce qu’elle tentait de lui montrer.

Le moment où le chagrin devient une porte.

Le moment où l’amour revient non pas comme un réconfort, mais comme une vérité.

Le moment où l’obscurité cesse d’être une fin et devient l’endroit où le soi caché commence à se relever.


C’est peut-être pour cela que les lecteurs se connectent souvent aux histoires de mémoire, même lorsque les mondes sont fantastiques.

Parce que sous la magie, les vampires, les dieux, les étoiles, les prophéties et les îles hantées, la question demeure profondément humaine :

Qu’ai-je oublié de moi-même ?

Qu’ai-je porté trop longtemps ?

Quelle part de moi attend encore de rentrer chez elle ?


Mes livres sont des portes différentes, mais la mémoire est le fil qui les relie toutes.

La mémoire de l’amour.

La mémoire de la survie.

La mémoire du pouvoir.

La mémoire des blessures qui peuvent devenir sagesse.

La mémoire de la lumière, même après l’obscurité.


Et c’est peut-être pour cela que j’écris.

Pour suivre le fil.

Pour ouvrir la porte.

Pour me souvenir.

 
 
 

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